Murilo Cardoso de Castro

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Le moi factuel du philosophe. Lettre à un doctorand

segunda-feira 29 de maio de 2017

        

« ...Vous vous apprêtez à acquérir le "docteur" à l’université. Quelle valeur   on accorde à ce titre, comment d’autres s’y prennent, etc., tout cela m’est indifférent ; moi   je prends la chose   aussi au sérieux que je le dois, devant moi-même.

« Je n’ai pas le droit d’émettre un jugement   sur la question   de savoir dans quelle mesure   cette tendance   a un possible lien existentiel   avec votre position   à l’égard de la "philosophie   scientifique" (je vous laisse absolument libre à cet égard). Je dois vous prendre tel que vous vous présentez à moi — je ne voudrais pas dire pour autant que je vous aurais jamais considéré primairement et proprement comme mon "doctorand". Concernant le travail scientifique je me fais une obligation d’une certaine direction (étant donné que je m’occupe plus de vous que d’autres). Et "l’attitude   scientifique à l’égard de la vie  " est elle aussi une autre que dans les "sciences". Primairement et isolément je n’ai aucun souci   d’une définition de la philosophie - mais simplement pour autant qu’elle fait   partie de l’interprétation existentielle de la facticité.

« Discuter   du concept   de philosophie en ce sens   détaché est dépourvu de sens — donc également le débat sur la "scientificité". « Il faut maintenant que je parle de moi-même.

« La discussion   souffre d’abord de la faute   fondamentale que vous et Becker vous me mesurez (hypothétiquement ou non) à des critères tels que Nietzsche  , Kierkegaard  , Scheler   et d’autres philosophes profonds et créateurs. Vous avez le droit de le faire — mais alors il faut dire que je ne suis pas un philosophe. Je n’ai pas la présomption de croire que je fais ne fût-ce que quelque chose de comparable, je n’en ai même pas l’intention.

« Je fais simplement ce que je dois faire et ce que j’estime nécessaire et je le fais comme je peux : je ne gonfle pas mon travail philosophique en vue   de tâches culturelles destin  ées à "l’actualité générale". Je n’ai pas non plus la tendance   de Kierkegaard.

« Je travaille concrètement, factuellement à partir de mon "je suis" — à partir de ma provenance   spirituelle, factuelle comme telle - milieu - cohésions de vie, à partir de ce qui m’est accessible en partant de là en tant qu’expérience vivante dans laquelle je vis. Cette facticité en tant qu’existentielle n’est pas un pur   "être-là factuel  " ; cela est coïmpliqué dans l’existence  , ce qui veut dire que je le vis — c’est le "je dois", dont on ne parle pas. C’est avec cette facticité de l’être tel, l’historique  , que l’existence se démène ; ce qui veut dire que je vis les obligations internes de ma facticité et je les vis aussi radicalement que je les comprends. — De cette facticité fait partie le fait - que je mentionne brièvement — que je suis un "théologien chrétien". Cela implique un souci de soi radical déterminé, une scientificité déterminée radicale — l’objectivité rigoureuse dans la facticité ; cela implique la conscience   historique de "l’histoire   spirituelle" — et je suis cela dans la cohésion de vie de l’université.

« Le "philosopher" n’est rattaché à l’université que factuellement existentiellement, c’est-à-dire que je n’affirme pas qu’il ne peut y avoir de la philosophie que là, mais que le philosopher, précisément en raison de son sens fondamental existentiel  , a dans l’université une facticité d’effectuation propre   et par là ses limites et sa limitation. « Cela n’exclut pas qu’un "grand philosophe" créateur puisse sortir de l’université et cela n’exclut pas que le philosopher à l’université puisse être rien que de la pseudo-science  , ni   philosophie ni science. Ce qu’est alors la philosophie universitaire, on peut seulement le démontrer par sa vie » (lettre à Karl Löwith du 19 août 1921).


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