Géographie et géomatique

Accueil > La Géographie classique > Paul Vidal de la Blache (1845-1918) > Vidal de la Blache : Des caractères distinctifs de la géographie

Paul Vidal de la Blache

Vidal de la Blache : Des caractères distinctifs de la géographie

Annales de Géographie, tome 22, no. 124, 1913

vendredi 2 mars 2012, par Murilo Cardoso de Castro

Paul Vidal de la Blache (1845-1918) “ Des caractères distinctifs de la géographie ” in revue Annales de Géographie, tome 22, no. 124, 1913, pages 289-299. Paris : Armand Colin, Éditeur.
Disponible sur Gallica-BNF

Présentation

Appelé à parler de géographie devant un auditoire de futurs maîtres formés aux méthodes scientifiques, mais se préparant à des enseignements divers, je me suis demandé, non sans embarras, quelle était, parmi les questions que soulève un tel sujet, celle qui convenait le mieux en la circonstance. J’ai été frappé, à la réflexion, des malentendus qui règnent sur l’idée même de géographie. Dans le groupe des sciences naturelles auxquelles elle se rattache sans nul doute, elle tient une place à part. Ses affinités n’excluent pas de sensibles différences. Or, c’est surtout sur ces différences que les idées manquent de précision. Il m’a semblé qu’en essayant de porter quelque lumière sur ce côté des choses, c’est-à-dire en m’attachant à spécifier ce qui distingue la géographie, je me conformerai à l’intention qui préside à ces conférences. La pédagogie est une oeuvre de coordination et de rapports ; ne doit-elle pas être considérée comme une sorte de philosophie embrassant dans une vue d’ensemble ce qui contribue à la formation de l’esprit ? La géographie est tenue de puiser aux mêmes sources de faits que la géologie, la physique, les sciences naturelles et, à certains égards, les sciences sociologiques. Elle se sert de notions dont quelques-unes sont l’objet d’études approfondies dans des sciences voisines. De là vient, pour le dire en passant, le reproche qui lui est parfois adressé de vivre d’emprunts, d’intervenir indiscrètement dans le champ d’autrui, comme s’il y avait des compartiments réservés dans le domaine de la science. Gardons-nous d’attacher à ces critiques plus d’importance que ne leur en attribuent sans doute leurs auteurs. En réalité, comme nous verrons, la géographie a bien un domaine qui lui est propre. L’essentiel est de considérer quel usage elle fait des données sur lesquelles elle s’exerce. Leur applique-t-elle des méthodes qui lui appartiennent ? Apporte-t-elle des points de vue d’où les choses puissent apparaître en perspective spéciale, qui les montre sous un jour nouveau ? Toute la question est là. Dans la complexité des phénomènes qui s’entre-croisent dans la nature, il ne doit pas y avoir une seule manière d’aborder l’étude des faits ; il est utile qu’ils soient envisagés sous des angles différents. Et si la géographie reprend à son compte certaines données qui portent une autre estampille, il n’y a rien dans cette appropriation qu’on puisse taxer d’anti-scientifique.


Voir en ligne : GRUPO RETIS DE PESQUISA